Que faire à Bursa, la première capitale des Ottomans

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Intérieur de la Mosquée Verte de Bursa avec faïences d'İznik et fontaine centrale
Mosquée Verte (Yeşil Cami), Bursa : photo Mertaydintr / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0

La plupart des voyageurs voient Bursa depuis la fenêtre d’un bus, en route vers ailleurs. C’est une erreur. Avant Istanbul, avant même Edirne, c’est ici que l’Empire ottoman a posé ses fondations. Orhan Gazi prend la ville en 1326 et en fait sa capitale ; pendant un peu plus d’un siècle, c’est de Bursa que partent les armées et que se construisent les premières grandes mosquées impériales. Aujourd’hui encore, on appelle la ville « Yeşil Bursa », Bursa la verte, à cause de ses jardins et de la montagne qui la domine.

Ce qui rend Bursa attachante, c’est qu’elle ne joue pas la carte du musée à ciel ouvert. C’est une vraie ville turque de trois millions d’habitants, où les ouvriers du textile croisent les pèlerins venus prier sous les vingt coupoles de la Grande Mosquée, où l’on mange l’İskender kebab là où il a été inventé, et où l’on peut, dans la même journée, monter à 2 000 mètres en téléphérique puis redescendre se tremper dans une eau chaude qui coule depuis l’époque romaine. Voici comment en profiter.

Aller à Bursa depuis Istanbul

Bursa se trouve de l’autre côté de la mer de Marmara, au sud d’Istanbul. À vol d’oiseau ce n’est rien, mais il faut contourner ou traverser le golfe, et c’est ce qui décourage beaucoup de monde à tort.

Le plus agréable reste le ferry rapide. Les bateaux de la compagnie BUDO partent de Kabataş ou de Yenikapı et rejoignent le port de Mudanya en deux heures environ, en glissant sur la Marmara. De Mudanya, un bus ou un taxi t’amène au centre de Bursa en une demi-heure. Compte autour de 15 à 25 € l’aller en ferry selon l’horaire et la saison ; réserve en ligne en haute saison, les traversées du matin partent vite.

En voiture, le pont Osmangazi qui enjambe le golfe d’İzmit a changé la donne : il fait gagner plus d’une heure par rapport à l’ancienne route qui faisait le tour. Compte deux heures à deux heures et demie depuis Istanbul, péage compris. En bus longue distance, prévois plutôt trois heures car les cars contournent une partie du golfe.

Concrètement, Bursa se fait très bien en excursion d’une journée depuis Istanbul si tu pars tôt, mais la ville mérite une nuit sur place pour souffler et voir Cumalıkızık ou l’Uludağ sans courir. Pour caler ça dans un séjour plus large, jette un œil au guide des transports en Turquie et, si Istanbul est ta base, à que faire à Istanbul.

La Mosquée Verte et le Tombeau vert

C’est le monument qui a donné son surnom à la ville. La Mosquée Verte, Yeşil Cami, est achevée vers 1421 sous le sultan Mehmed Ier. De l’extérieur, elle est sobre, presque austère. C’est en entrant qu’on comprend : les murs se couvrent de faïences vertes et bleues d’İznik, ces céramiques ottomanes qui font la réputation de la région, et la loge impériale au-dessus de l’entrée est un travail d’orfèvre. Prends le temps de lever les yeux et de laisser tes pas résonner ; il y a peu de monde par rapport aux grandes mosquées d’Istanbul, et le silence fait partie de la visite.

Juste en face, de l’autre côté de la rue, se dresse le Tombeau vert, Yeşil Türbe. C’est le mausolée de Mehmed Ier, reconnaissable de loin à sa coupole turquoise. À l’intérieur, le cénotaphe est lui aussi recouvert de céramiques, dans un dégradé de bleus qui vaut à lui seul le détour. L’entrée des deux édifices est gratuite, comme dans toutes les mosquées en activité ; pense simplement à une tenue couvrante et à retirer tes chaussures.

La Grande Mosquée et ses vingt coupoles

Façade en pierre de la Grande Mosquée Ulu Camii à Bursa
Grande Mosquée (Ulu Camii), Bursa : photo Hcanardic / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0

Si tu ne devais voir qu’un seul monument à Bursa, ce serait celui-là. La Ulu Camii, la Grande Mosquée, est édifiée à la toute fin du XIVe siècle sous le sultan Bayezid Ier, dit « la Foudre ». La légende veut qu’il ait promis de construire vingt mosquées après une victoire, et qu’il ait finalement réuni les vingt en un seul bâtiment coiffé de vingt coupoles. Vrai ou non, le résultat est une salle de prière immense et lumineuse, soutenue par douze gros piliers.

Au centre, sous l’une des coupoles percée d’un oculus, une fontaine d’ablutions coule à l’intérieur même de la mosquée, ce qui est rare. Tout autour, les murs et les piliers portent d’immenses panneaux de calligraphie peints à la main, parmi les plus beaux de Turquie. On peut rester un long moment juste à regarder la lumière tomber sur l’eau et sur les lettres. Là encore, l’entrée est libre.

Tophane et les tombeaux des fondateurs

Pour vraiment comprendre pourquoi Bursa se dit première capitale, monte jusqu’à Tophane, le vieux quartier de la citadelle perché sur un éperon rocheux. C’est là que les Ottomans se sont installés en prenant la ville, et c’est là que reposent les deux hommes qui ont tout lancé : Osman Gazi, le fondateur de la dynastie qui a donné son nom à l’empire, et son fils Orhan, celui qui a fait de Bursa sa capitale. Leurs tombeaux, voisins, ont été reconstruits au XIXe siècle après un tremblement de terre, mais l’endroit garde une vraie charge symbolique.

Au-delà des mausolées, Tophane vaut pour sa terrasse et sa tour de l’horloge, d’où l’on embrasse toute la ville basse et la plaine qui file vers la Marmara. C’est un bon point de départ le matin : tu prends la mesure de Bursa d’en haut avant de redescendre vers les mosquées et le bazar.

Le marché de la soie et le Koza Han

Cour à arcades du Koza Han, le marché de la soie de Bursa
Koza Han, le caravansérail de la soie, Bursa : photo Adbar / Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0

Bursa était l’un des grands terminus de la route de la soie, et la ville n’a jamais vraiment cessé d’en vivre. À deux pas de la Grande Mosquée, le vieux bazar couvert s’étend en ruelles de boutiques, mais le cœur de l’histoire bat dans le Koza Han, le « caravansérail des cocons », construit en 1491. Son nom n’a rien d’anecdotique : c’est ici que se négociaient les cocons de vers à soie, et on y vend encore aujourd’hui des foulards, des écharpes et des étoffes de soie.

Le vrai plaisir, c’est la cour intérieure. Au milieu, un petit oratoire posé sur des arches, des platanes, et des tables où l’on sirote un çay pendant que la ville continue de marchander autour. C’est l’endroit idéal pour faire une pause à mi-parcours, observer, et repartir avec un foulard qui aura une histoire plutôt qu’un aimant de frigo. Marchande un peu, c’est attendu, mais sans excès.

Manger l’İskender là où il est né

L’İskender kebab est l’une des grandes fiertés de Bursa, et pour cause : il a été inventé ici. En 1867, un certain İskender Efendi a l’idée de servir de fines tranches de viande de döner sur des morceaux de pain pide, le tout nappé de sauce tomate et arrosé, devant toi, de beurre fondu bien chaud. On ajoute une cuillère de yaourt sur le côté. C’est riche, c’est généreux, et ça n’a pas grand-chose à voir avec le döner sandwich qu’on connaît en France.

La maison historique, tenue par les descendants de l’inventeur, existe toujours dans le centre et revendique la recette d’origine. Plusieurs adresses concurrentes s’en disputent la paternité, mais l’expérience vaut surtout pour le geste : le serveur qui verse le beurre grésillant à table fait partie du plat. Compte une dizaine d’euros pour une portion, davantage dans les adresses les plus touristiques. Si la cuisine turque t’intéresse au-delà de Bursa, le tour d’horizon du tourisme gastronomique en Turquie prolonge le sujet.

Cumalıkızık, le village ottoman classé à l’UNESCO

Maisons ottomanes colorées du village de Cumalıkızık près de Bursa
Cumalıkızık, village ottoman classé UNESCO : photo Dosseman / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0

À une quinzaine de kilomètres du centre, accroché aux premières pentes de l’Uludağ, le village de Cumalıkızık ressemble à un décor qui aurait traversé sept siècles sans bouger. Ses ruelles pavées et ses maisons ottomanes aux façades colorées, ocre, bleues, roses, sont si bien conservées qu’il fait partie, avec le cœur historique de Bursa, du site inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2014 sous le titre « la naissance de l’Empire ottoman ».

On y vient pour flâner sans but, photographier les portes en bois et les vieux murs, et surtout pour le petit-déjeuner villageois, le köy kahvaltısı : œufs cuits à la poêle dans du beurre, fromages, miel, confitures maison, gözleme tout juste préparées. Les week-ends, le village se remplit de familles turques venues d’Istanbul ; viens en semaine ou le matin tôt si tu veux le retrouver plus calme. C’est exactement le genre d’endroit que recense aussi notre sélection de destinations méconnues de Turquie.

L’Uludağ, la montagne au-dessus de la ville

Téléphérique de l'Uludağ au-dessus de la forêt à Bursa
Le téléphérique de l’Uludağ : photo Rstsvs / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0

Au-dessus de Bursa veille l’Uludağ, la « grande montagne », qui culmine à plus de 2 500 mètres. Les Anciens l’appelaient l’Olympe de Mysie et y plaçaient la demeure des dieux. Aujourd’hui, c’est la principale station de ski de Turquie et le poumon d’air frais des habitants quand la plaine étouffe en été.

Le meilleur moyen d’y monter est le téléphérique, le Teleferik, qui part du quartier de Teferrüç et grimpe en deux tronçons jusqu’à la zone des hôtels, en passant par le plateau de Sarıalan. La cabine survole la forêt et, par temps clair, la vue sur Bursa et la plaine est superbe. Compte autour de 500 TRY l’aller-retour en 2026, soit environ 10 € (les tarifs sont revalorisés chaque année, et un billet étudiant à tarif réduit existe). En hiver, l’Uludağ se transforme en domaine skiable familial, à comparer avec les autres pistes du pays dans le comparatif des stations de ski en Turquie. En été, on y vient pique-niquer, marcher dans le parc national et échapper à la chaleur ; la température là-haut peut être inférieure de dix degrés à celle du centre.

Les thermes de Çekirge, l’eau chaude depuis les Romains

Bursa est aussi une ville d’eaux, et ça ne date pas d’hier. Dans le quartier de Çekirge, à l’ouest du centre, des sources chaudes jaillissent du sol et alimentent des bains depuis l’époque romaine et byzantine. Deux hammams historiques valent particulièrement la visite : l’Eski Kaplıca, le « vieux bain thermal » bâti sur d’anciens thermes romains, et le Yeni Kaplıca, reconstruit au XVIe siècle sous Soliman le Magnifique, avec ses voûtes et ses faïences.

L’expérience n’a rien à voir avec un spa moderne : tu te baignes dans une eau naturellement chaude et minéralisée, dans un cadre ancien, parfois un peu patiné, et c’est tout l’intérêt. Si tu n’as jamais pratiqué, lis d’abord le guide du hammam turc pour savoir comment ça se passe, et pour replacer Çekirge dans le paysage plus large des sources thermales de Turquie. Beaucoup d’hôtels du quartier sont d’ailleurs reliés directement à la source et proposent des bassins thermaux.

Combien de temps rester, et quand venir

Une journée suffit pour les grands monuments du centre : Grande Mosquée, Mosquée Verte, Tombeau vert et marché de la soie tiennent dans un périmètre qui se fait à pied en une matinée bien remplie, déjeuner d’İskender compris. Mais si tu veux ajouter Cumalıkızık, monter à l’Uludağ et prendre un vrai bain thermal, il faut compter deux jours et dormir sur place. C’est le bon rythme, et c’est aussi ce qui distingue une vraie visite d’un arrêt express.

Côté saison, le printemps et l’automne sont les périodes les plus agréables pour la ville basse : ni la chaleur lourde de l’été, ni la pluie de l’hiver. L’hiver a pourtant son intérêt si tu vises le ski sur l’Uludağ, où la neige tient en général de décembre à mars. L’été, la plaine peut être étouffante, mais c’est justement le moment où la montagne offre son meilleur refuge. Quelle que soit la saison, garde en tête que Bursa s’intègre très bien dans un itinéraire plus long ; le grand tour des incontournables de Turquie t’aidera à la situer par rapport au reste du pays.

Questions fréquentes

Combien de temps faut-il pour visiter Bursa ?
Une journée suffit pour les monuments du centre (Grande Mosquée, Mosquée Verte, marché de la soie). Pour ajouter Cumalıkızık, l’Uludağ et les thermes de Çekirge, compte deux jours avec une nuit sur place.

Comment aller à Bursa depuis Istanbul ?
Le plus simple est le ferry rapide BUDO depuis Kabataş ou Yenikapı jusqu’à Mudanya, en environ deux heures, puis un bus ou un taxi jusqu’au centre. En voiture, le pont Osmangazi permet de relier les deux villes en deux heures à deux heures et demie.

Peut-on visiter Bursa en excursion d’une journée ?
Oui, c’est faisable si tu pars tôt le matin et te concentres sur le centre historique. Mais la ville gagne beaucoup à être vue sur deux jours, le temps de monter à l’Uludağ et de voir Cumalıkızık sans se presser.

Qu’est-ce que l’İskender kebab ?
C’est un plat inventé à Bursa en 1867 : des tranches de döner posées sur du pain pide, nappées de sauce tomate, arrosées de beurre fondu chaud à table et accompagnées de yaourt. La maison d’origine se trouve toujours dans le centre.

Que faire à l’Uludağ ?
En hiver, c’est la principale station de ski de Turquie. Le reste de l’année, on y monte en téléphérique depuis Bursa pour la fraîcheur, les randonnées dans le parc national et la vue sur la plaine.

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