Disons-le tout de suite, parce que c’est la vraie question que tu te poses : non, tu ne viens pas à Trabzon pour ses monuments. Si tu cherches des cartes postales à la Istanbul ou des ruines à la Éphèse, tu vas être déçu. La ville en elle-même est une métropole portuaire de 800 000 habitants, vivante, un peu chaotique, avec une poignée de sites qui se visitent en une demi-journée.
Là où Trabzon devient intéressante, c’est quand tu comprends ce qu’elle est vraiment : la porte d’entrée vers la plus belle région verte de Turquie. Le monastère de Sümela accroché à sa falaise, le lac d’Uzungöl, les plateaux brumeux des Kaçkar, le thé en terrasses au-dessus de la mer Noire. La ville, c’est ta base. Fraîche en plein été quand le reste du pays cuit à 40 °C, pluvieuse, verte, et à des années-lumière du tourisme balnéaire de la côte sud.
Ce guide te dit franchement quoi faire dans la ville, ce qui vaut le détour autour, et surtout à qui Trabzon est faite (et à qui elle ne l’est pas). Si tu cherches plutôt à enchaîner les étapes sur plusieurs jours, le road trip de la mer Noire turque déroule l’itinéraire complet Trabzon-Sümela-Uzungöl-Ayder.
En bref :
– La ville se visite en une journée, deux avec Sümela. Trabzon est surtout une base, pas une destination-musée.
– Incontournables en ville : la Sainte-Sophie byzantine, la colline de Boztepe pour la vue, la place Meydan pour l’ambiance.
– L’excursion phare : le monastère de Sümela (45 km, demi-journée, entrée 20 €).
– Climat humide toute l’année : il pleut souvent, même en été. C’est ce qui fait le vert.
– Pour qui : amateurs de nature, de fraîcheur estivale et d’ambiance locale. Pas pour qui veut de la plage ou du monument spectaculaire.

Trabzon, c’est quoi exactement ?
Trabzon (l’ancienne Trébizonde) a été pendant 250 ans la capitale d’un petit empire byzantin, l’empire de Trébizonde, dernier réduit du monde grec à tomber face aux Ottomans en 1461. De cette histoire, il reste quelques églises devenues mosquées et une fierté locale tenace. Aujourd’hui, c’est avant tout un grand port de commerce tourné vers la mer Noire, la Géorgie et le Caucase, et la capitale officieuse d’une région réputée pour trois choses : le thé, le football et la pluie.
Un détail qui surprend les voyageurs français : Trabzon est une destination de vacances très prisée des touristes du Golfe. Saoudiens, Koweïtiens et Émiratis y viennent par centaines de milliers chaque été, précisément pour ce qui ferait fuir un vacancier méditerranéen : le vert, le frais, la brume et la pluie. Pour eux, c’est l’exotisme absolu. Ça explique pourquoi tu croiseras beaucoup de familles du Golfe à Uzungöl, et pourquoi certains coins se sont sur-construits ces dernières années.
Les choses à voir dans la ville de Trabzon
La Sainte-Sophie de Trabzon (Ayasofya)
C’est le monument à ne pas rater. Cette petite Sainte-Sophie byzantine du 13e siècle, construite sous l’empire de Trébizonde, se dresse à l’ouest de la ville, à deux pas du bord de mer. Rien à voir avec sa grande sœur d’Istanbul côté taille, mais ses fresques médiévales comptent parmi les mieux conservées de tout le monde byzantin oriental.
Église grecque orthodoxe à l’origine, transformée en mosquée par les Ottomans, devenue musée au 20e siècle, puis rendue au culte musulman en 2013 : elle suit exactement la même trajectoire que Sainte-Sophie d’Istanbul. Comme c’est aujourd’hui une mosquée en activité, l’entrée est gratuite. Tenue correcte demandée, et évite les horaires de prière. Compte 30 à 45 minutes, le temps d’admirer les fresques et le jardin avec sa tour-clocher.
Boztepe : la vue sur la ville et la mer Noire
Si tu ne fais qu’une seule chose à Trabzon, monte à Boztepe. Cette colline de 553 m domine la ville, et depuis ses terrasses tu embrasses tout : les toits de Trabzon, le port, et la mer Noire qui se perd dans la brume. Le coucher de soleil y est l’activité locale par excellence, autour d’un verre de thé dans l’un des cafés perchés.
L’accès est gratuit, en taxi ou en dolmuş depuis le centre. Sur les pentes de Boztepe se cachent aussi les ruines du Kızlar Manastırı (le « monastère des filles »), un ancien couvent byzantin accroché à la falaise. Les vestiges sont modestes, mais la vue vaut la petite grimpette.
La place Meydan et le centre-ville
Le cœur battant de Trabzon, c’est la place Meydan (Atatürk Alanı). Un grand parc ombragé entouré de cafés, de salons de thé et de pâtisseries, où les Trabzonais passent leurs fins de journée. C’est ici qu’on prend le pouls de la ville, loin de toute mise en scène touristique. Autour, le quartier du bazar (Çarşı) et ses rues commerçantes donnent une bonne idée de la vie locale : marchands de thé, de noisettes (la région en est le premier producteur turc), de fromages et de tissus.
Descends ensuite vers la promenade du front de mer, refaite à neuf, agréable pour une balade à pied ou à vélo. Ne t’attends pas à une plage de carte postale : la mer Noire est une mer de travail, gris-bleu, bordée de galets et de digues. Le charme est ailleurs.
Le Pavillon d’Atatürk (Atatürk Köşkü) : à voir si tu as le temps
Sur les hauteurs, cette villa blanche néo-baroque entourée d’un jardin sert de musée consacré à Atatürk, qui y a séjourné. Soyons honnêtes : le fondateur de la République turque n’y est venu que trois fois, et la maison vaut surtout pour son architecture et la vue sur la ville. L’entrée est symbolique (quelques dizaines de lires, autour de 10 TRY). Si ton temps est compté, tu peux sauter cette étape sans grand regret et la garder pour un jour de pluie.
L’excursion à ne pas manquer : le monastère de Sümela

S’il y a une raison de prendre l’avion pour Trabzon, c’est elle. Le monastère de Sümela est l’une des images les plus spectaculaires de Turquie : un monastère orthodoxe accroché à 300 mètres au-dessus du vide, plaqué contre une falaise de la vallée d’Altındere, dans une forêt de sapins souvent noyée de brume. Fondé au 4e siècle, agrandi au fil des siècles byzantins, il abrite une chapelle rupestre couverte de fresques, un aqueduc et d’anciennes cellules de moines.
C’est à 45-50 km de Trabzon, soit environ 1 h de route, ce qui en fait la demi-journée parfaite. Depuis le parking d’entrée du parc national, une navette obligatoire t’emmène jusqu’au pied du sentier, puis il reste 15-20 minutes de montée raide pour atteindre le monastère. Prévois des chaussures correctes et une veste, il fait frais même en été. L’entrée coûte autour de 20 € en 2026 (le Museum Pass Türkiye y est valable), navette en supplément.
Sümela mérite-t-il une page à lui seul ? Oui, et si tu veux l’intégrer dans un circuit plus large avec Uzungöl et les plateaux, le road trip mer Noire détaille jour par jour comment enchaîner tout ça.
Les autres excursions au départ de Trabzon
Uzungöl, le lac de montagne

À une centaine de kilomètres au sud-est, Uzungöl est un lac d’altitude cerné de montagnes verdoyantes et de chalets en bois, devenu l’image phare de la région. C’est faisable en excursion à la journée (1 h 30 à 2 h de route par la vallée de Çaykara), mais sache que l’endroit est victime de son succès : bondé et commercial le week-end et en plein été, magique en revanche tôt le matin ou hors saison. Si tu peux y dormir une nuit pour profiter du lac au calme avant l’arrivée des bus, fais-le.
Les plateaux (yayla) et les Kaçkar
C’est le trésor caché de la région. Les yayla, ces alpages d’altitude entre 1 800 et 2 500 m, offrent les paysages les plus purs de la mer Noire : prairies, maisons de berger, brume qui monte des vallées. Ayder, Pokut, Sal, les villages de la vallée de Fırtına… On y accède depuis Trabzon en une longue journée, mais ils méritent vraiment une nuit sur place. Les Kaçkar comptent d’ailleurs parmi les plus beaux terrains de randonnée en Turquie, avec des sentiers d’altitude encore confidentiels.
La cuisine de Trabzon : pourquoi tu ne repartiras pas léger
La cuisine de la mer Noire ne ressemble à aucune autre en Turquie : peu d’épices fortes, beaucoup de beurre, de fromage, de maïs et de poisson. L’incontournable, c’est le hamsi, l’anchois local, qu’on sert frit dans la farine de maïs (hamsi tava), en riz (hamsi pilav) ou même en boulettes, de préférence entre octobre et février quand il est en pleine saison.
À côté, goûte l’Akçaabat köfte, des boulettes de viande grillées renommées dans tout le pays et originaires d’une bourgade voisine, le kuymak (le fromage fondu au beurre et à la farine de maïs, parfait au petit-déjeuner) et le Vakfıkebir ekmek, un immense pain de campagne cuit au feu de bois. Arrose le tout du thé de Rize, cultivé dans les plantations en terrasses juste à l’est de la ville, qui fournit à lui seul une bonne moitié du thé bu en Turquie. Pour situer Trabzon dans le paysage culinaire turc, le tourisme gastronomique en Turquie compare les grandes régions de saveurs du pays.
Quand visiter Trabzon ?
La règle d’or de la mer Noire : il pleut toute l’année, plus qu’ailleurs en Turquie, et c’est exactement ce qui rend la région si verte. N’espère pas un grand soleil garanti, même en plein été. Cela dit, la fenêtre la plus agréable va de mai à octobre, quand les sentiers sont praticables et les plateaux accessibles.
Juin et septembre sont les meilleurs compromis : végétation au sommet, températures douces, et avant ou après la grosse affluence estivale des visiteurs du Golfe qui sature Uzungöl en juillet-août. L’hiver est froid et très humide en ville, mais les sommets enneigés et les brumes ont leur magie pour qui ne craint pas le mauvais temps. Pour comparer avec les autres régions du pays, le guide quand partir en Turquie détaille la mer Noire mois par mois.
Aller à Trabzon et s’y déplacer
Le plus simple reste l’avion. L’aéroport de Trabzon (TZX) est relié à Istanbul en 1 h 45 par Turkish Airlines, Pegasus et AJet, à partir de 25-60 € l’aller selon la saison. Depuis la France, il faut systématiquement une escale à Istanbul.
L’aéroport n’est qu’à 11 km du centre. La navette Havaş rejoint la place Meydan en une quinzaine de minutes pour environ 3 € (110 TRY), avec un départ après chaque vol. Les bus municipaux font le même trajet pour quelques lires, mais en 40 minutes. En ville, tout le centre se fait à pied, et les dolmuş (minibus collectifs) desservent Boztepe et les environs pour une poignée de lires. Pour Sümela, Uzungöl et les plateaux, soit tu loues une voiture, soit tu passes par une excursion organisée : les routes de montagne sont belles mais sinueuses. Le transport en Turquie récapitule toutes les options entre les villes.
Combien de temps rester à Trabzon ?
| Durée | Ce que tu fais | Pour qui |
|---|---|---|
| 1 jour | La ville : Sainte-Sophie, Boztepe, Meydan, dîner de poisson | Escale, transit vers la Géorgie |
| 2 jours | + le monastère de Sümela en demi-journée | Le minimum pour ne pas regretter le déplacement |
| 3-4 jours | + Uzungöl et une nuit sur un plateau | Le bon format pour goûter la région |
| 7 jours et + | Trabzon comme base d’un circuit complet mer Noire | Amateurs de nature et de road trip |
Alors, est-ce que Trabzon vaut le coup ?
Oui, à condition de venir pour les bonnes raisons. Trabzon vaut le coup si tu cherches du vert, de la fraîcheur en plein été, une vraie ville turque qui ne joue pas la comédie pour les touristes, et surtout si tu l’utilises comme base pour Sümela, Uzungöl et les plateaux. La région est l’une des plus belles et des plus dépaysantes du pays.
Trabzon ne vaut pas le coup si tu attends des monuments grandioses, des plages de sable, du soleil garanti, ou un centre-ville pittoresque à l’européenne. Tu serais déçu, et tu ferais mieux de mettre ton temps sur Istanbul, la Cappadoce ou la côte sud. La mer Noire est une destination de nature et d’ambiance, pas de cases à cocher. Si c’est ce que tu cherches, tu vas l’adorer.
Questions fréquentes sur Trabzon
Combien de jours faut-il pour visiter Trabzon ?
Une journée suffit pour la ville elle-même (Sainte-Sophie, Boztepe, le centre). Compte deux jours pour ajouter le monastère de Sümela, et trois à quatre jours si tu veux profiter d’Uzungöl et des plateaux. Au-delà, Trabzon devient la base d’un vrai circuit dans la région.
Le monastère de Sümela est-il loin de Trabzon ?
Non, il est à 45-50 km, soit environ 1 h de route. C’est l’excursion d’une demi-journée idéale depuis la ville. Depuis le parking, une navette obligatoire puis 15-20 minutes de marche en montée mènent au monastère. Entrée autour de 20 € en 2026.
Peut-on se baigner à Trabzon ?
Ce n’est pas l’intérêt de la région. La mer Noire est plus fraîche et plus agitée que la Méditerranée, et le littoral de Trabzon est urbain et portuaire, pas balnéaire. Pour la baignade, la côte méditerranéenne ou égéenne est bien plus adaptée. On vient à Trabzon pour la montagne et le vert, pas pour la plage.
Quelle est la meilleure période pour aller à Trabzon ?
De mai à octobre, avec une préférence pour juin et septembre : végétation luxuriante, températures douces et affluence modérée. Attends-toi à de la pluie en toute saison, c’est le climat de la mer Noire. Juillet-août sont les plus fréquentés, notamment par les touristes du Golfe à Uzungöl.
Faut-il une voiture pour visiter Trabzon ?
Pas pour la ville, qui se fait à pied et en dolmuş. En revanche, pour rayonner vers Sümela, Uzungöl et surtout les plateaux d’altitude, une voiture de location ou des excursions organisées sont presque indispensables : les transports en commun y sont rares et lents.