
Le Mont Ararat, à 5 137 m d’altitude, est le plus haut sommet de Turquie et l’un des 5 000+ accessibles les plus abordables du monde. Trek non technique de 5-6 jours, permis officiel à 50 USD, expédition encadrée à partir de 390 € : c’est l’objectif parfait pour un alpiniste amateur qui veut décrocher son premier 5 000. Le sommet domine la frontière irano-arménienne et offre une vue spectaculaire sur le plateau anatolien et le mont Sabalan en Iran.
Ce guide détaille la préparation, les permis, les agences accréditées, la saison optimale et l’itinéraire jour par jour pour réussir l’ascension. Pour qui s’intéresse plus largement aux paysages de l’est turc, voir aussi le guide des destinations méconnues de Turquie qui couvre Doğubayazıt, Van et le sud-est.
En bref
- Altitude : 5 137 m (Grand Ararat, sommet principal)
- Durée totale : 5 à 6 jours expédition complète
- Niveau technique : non technique mais physiquement exigeant
- Permis : 50 USD par personne, obligatoire
- Saison : juin à septembre
- Prix all-in : 390 à 750 € par personne via agence locale
- Ville de base : Doğubayazıt, province d’Ağrı
Pourquoi grimper l’Ararat
L’Ararat n’est pas un trek pour cocher une case : c’est une expérience à part. Plusieurs raisons pour s’y attaquer.
L’altitude. Atteindre 5 137 m sans matériel technique (pas d’escalade, pas de glaciers en crampons obligatoires en saison sèche, juste de la marche en altitude) est l’occasion rare de tester sa résistance à l’altitude. Pour beaucoup, c’est leur premier 5 000.
La symbolique. Le mont mentionné dans la Bible comme lieu d’échouage de l’Arche de Noé. Premier sommet souvent visité par les pèlerins arméniens, qui considèrent l’Ararat comme leur montagne sacrée (paradoxe : la montagne est en Turquie alors qu’elle est l’icône nationale arménienne, héritage du traité de Kars 1921).
Les paysages. La descente sur le plateau anatolien au lever du soleil depuis le sommet est l’un des panoramas les plus impressionnants d’Asie occidentale. Par temps clair, on voit l’Iran à 30 km au sud et l’Arménie au nord.
Le prix. À 390-750 €, c’est l’expédition 5 000+ la moins chère du monde, comparable au Stok Kangri en Inde, mais avec une logistique plus simple.
La saison
Juin à septembre. Hors de cette fenêtre, la neige et le verglas rendent la voie nord glaciaire et il faut alors crampons + piolet techniques, ce qui exclut les non-alpinistes.
Le pic de saison est juillet-août. Tu auras le plus de monde sur la voie normale (mais ça reste modeste comparé au Mont Blanc ou au Kilimandjaro). Les conditions sont alors optimales : températures positives au camp 1, minimum -10 °C la nuit du sommet.
Septembre est intéressant pour qui veut éviter la foule, avec des conditions encore stables avant les chutes de neige d’octobre.
Mai-début juin : la neige est encore fraîche et le mauvais temps fréquent. À éviter pour un premier 5 000.
Le permis : 50 USD obligatoire
Depuis 2024, le Ministère du Tourisme turc a fixé le tarif officiel à 50 USD par personne. Le permis est délivré par les autorités locales de Doğubayazıt en 10 à 15 jours ouvrés.
En pratique : les agences locales gèrent les permis pour leurs clients. Tu n’as pas à t’en occuper toi-même si tu réserves via une agence accréditée. Le coût du permis est généralement inclus dans le prix du package.
Si tu veux y aller en autonomie : techniquement possible mais déconseillé. Tu dois faire la demande au moins 3 semaines à l’avance (parfois plus en haute saison) à la préfecture de Doğubayazıt. Sans guide local accrédité, le permis peut être refusé. Le sentier n’étant pas balisé pour les non-initiés, l’expérience devient risquée.
Les agences accréditées
Plusieurs agences locales organisent des expéditions Ararat depuis Doğubayazıt :
- Ararat Adventure : packages à partir de 390 € (sur araratadventure.com)
- Mount Ararat Trek : expéditions 5-6 jours, prix selon options
- Ararat Expedition : focus alpinistes confirmés
- Ararat Trip : équipe locale, plusieurs langues
Le tarif inclut généralement : guide certifié, permis officiel, transferts depuis Doğubayazıt, mulets pour transporter le matériel jusqu’au camp 1, repas en montagne, tente collective. Hors prix : matériel personnel (sac de couchage, doudoune, chaussures de rando haute montagne), vol jusqu’à la Turquie, nuits à Doğubayazıt avant et après.
Choix d’agence : préférer celles qui affichent leurs guides certifiés (UIMLA ou équivalent local), leur licence touristique, et un retour client vérifiable sur TripAdvisor.
Itinéraire jour par jour (voie sud, classique)

L’expédition standard se déroule sur 6 jours. La voie sud est la voie classique (la voie nord est glaciaire et bien plus technique).
Jour 1 : Arrivée à Doğubayazıt (1 600 m)
Vol Istanbul-Iğdır ou Erzurum, puis transfert routier 2-3 h jusqu’à Doğubayazıt. Pré-briefing avec l’agence, contrôle du matériel personnel, derniers achats (gants, lunettes, crème solaire, eau).
Nuit en hôtel local (Tehran Hotel, Sim-Er, Hôtel Grand Ararat : 30-60 €/nuit). À voir si tu as du temps : le palais d’Ishak Pacha, mausolée seldjoukide à 5 km de la ville.
Jour 2 : Doğubayazıt → Camp 1 (3 200 m)
Transfert en 4×4 jusqu’au point de départ du sentier à Eli, puis 5-6 h de marche jusqu’au Camp 1 à 3 200 m. Les mulets transportent les tentes et la nourriture. Le sentier est raide mais sans difficulté technique.
Première nuit en altitude. Boire beaucoup, repas léger, dormir tôt. Acclimatation cruciale pour la suite.
Jour 3 : Acclimatation : Camp 1 → Camp 2 (4 200 m)
5-6 h de montée avec dénivelé positif de 1 000 m. Le terrain devient rocheux, plus aride. Au Camp 2 à 4 200 m, l’air est sensiblement plus fin. Repas léger, hydratation, repos.
C’est le palier où certains commencent à ressentir le mal d’altitude (maux de tête, nausée). Le guide surveille de près l’état de chacun. Diamox (acetazolamide) en prévention recommandée par les médecins voyage.
Jour 4 : Jour de repos au Camp 2 (acclimatation)
Soit jour de repos complet, soit petite excursion d’acclimatation à 4 600 m puis redescente au Camp 2. Cette pause améliore radicalement les chances de sommet. Ne pas zapper cette journée.
Jour 5 : Camp 2 → Sommet (5 137 m) → Camp 1
C’est LE jour. Départ vers 1 h du matin avec lampe frontale. 6-8 h de montée jusqu’au sommet, arrivée idéalement au lever du soleil vers 7-8 h. Vue 360° spectaculaire : Iran, Arménie, Anatolie.
Descente rapide jusqu’au Camp 1 (3-4 h). Nuit au camp.
Jour 6 : Camp 1 → Doğubayazıt → Retour
Descente jusqu’au point de départ Eli (3-4 h), transfert en 4×4 jusqu’à Doğubayazıt, douche, repas de fin d’expédition. Transfert aéroport Iğdır ou Erzurum le lendemain (ou même soir si vol tardif).
Équipement nécessaire
Liste personnelle indispensable :
- Chaussures : montantes type B/C, semelle rigide, étanches
- Sac de couchage : -10 °C confort minimum (loueurs souvent disponibles à Doğubayazıt)
- Doudoune : 800-cuin, parure jusqu’à -20 °C
- Couches techniques : 2 polaires + softshell + hardshell
- Pantalon technique : softshell + surpantalon imperméable
- Gants : doubles (sous-gants + moufles)
- Lunettes : catégorie 4, protection latérale obligatoire
- Bonnet + cagoule : pour la nuit du sommet
- Bâtons de marche : indispensables
- Lampe frontale : Petzl Tikkina ou équivalent, piles de rechange
- Sac à dos : 35-45 L (le gros sac va sur les mulets)
- Crème solaire SPF 50+ : indispensable à 5 000 m
- Trousse personnelle : Diamox, Doliprane, sparadrap pour ampoules
L’agence fournit généralement les tentes, popotes, réchauds, nourriture. Vérifie ce qui est inclus dans ton contrat.
Sécurité et santé
Acclimatation. Ne pas négliger. Le mal des montagnes peut frapper même en bonne santé. La règle « monter haut, dormir bas » est respectée par les bons guides via le jour d’acclimatation au Camp 2.
Diamox. Acetazolamide en prévention, 125 mg matin et soir à partir de la veille du départ. Demander prescription au médecin avant le voyage. Effets secondaires bénins (picotements, urines fréquentes).
Assurance. Indispensable. Une évacuation héliportée en cas de problème peut coûter 5 000-15 000 €. Vérifie que ton assurance voyage couvre l’alpinisme jusqu’à 6 000 m (les classiques type Visa Premier excluent souvent). Préférer Chapka Assurance Trek + Alpinisme, Allianz Trek, ou MMA Globe Trotter.
Risque sécuritaire région. La région de Doğubayazıt est à proximité de la frontière iranienne. Le Quai d’Orsay classe la zone en orange (mesures renforcées de vigilance). En pratique, le tourisme alpin est sûr depuis 20 ans, mais évite les déplacements isolés hors du circuit guide.
Combien ça coûte vraiment
Budget global pour un Français :
| Poste | Coût | Détail |
|---|---|---|
| Package expédition | 390-750 € | Selon agence, base 6 jours all-in |
| Vol Paris-Istanbul-Iğdır AR | 250-450 € | Avec connexion intérieure |
| Nuits Doğubayazıt (avant/après) | 60-120 € | 2-3 nuits hôtel |
| Matériel manquant (location) | 50-150 € | Si tu n’as pas tout |
| Repas extra Doğubayazıt | 30-50 € | Restaurants locaux |
| Assurance trek + alpinisme | 30-80 € | Pour 10-12 jours |
| Pourboire guide | 30-50 € | Optionnel mais recommandé |
| Total / personne | 840-1 650 € | Très variable selon options |
Comparé à un Stok Kangri en Inde (1 800-2 500 €), un Mera Peak au Népal (3 500-5 000 €) ou un Kilimandjaro (2 500-4 000 €), l’Ararat reste le 5 000+ le moins cher au monde.
FAQ : trekking Mont Ararat
Faut-il être alpiniste expérimenté pour l’Ararat ?
Non. L’expérience montagne classique suffit : avoir déjà fait un trek 3-4 jours avec sac, savoir marcher 8 heures par jour, bonne condition cardio. Pas d’escalade technique, pas de matériel d’alpinisme avancé en saison sèche. Au-dessus de 4 200 m, l’altitude est le vrai défi, pas la technique.
Quel est le taux de réussite ?
Avec une bonne agence et le jour d’acclimatation respecté : 80-90 %. Sans acclimatation : 40-50 %. Les principaux abandons viennent du mal d’altitude.
Quand réserver ?
3 à 6 mois à l’avance pour la haute saison (juillet-août). En septembre, encore possible 1-2 mois avant. Pour les vols intérieurs Istanbul-Iğdır, réserver 4-6 semaines avant pour avoir des prix corrects.
Peut-on faire l’Ararat en solo sans guide ?
Officiellement, il faut un permis et un guide certifié. En pratique, des personnes l’ont fait en solo, mais c’est risqué (sentier non balisé, météo changeante, mal d’altitude sans soutien). Très déconseillé.
Peut-on combiner Ararat et autres treks Turquie ?
Oui. Beaucoup combinent avec le Mont Nemrut (têtes colossales) à 700 km à l’ouest, ou le Lac Van pour 2-3 jours de récup post-expédition. Voir le guide randonnée en Turquie pour les autres options.
Quel niveau d’anglais pour les guides ?
Variable selon les agences. Préfère celles qui mentionnent « English-speaking guide » explicitement. Le français est rare. Le turc et le kurde sont les langues principales en local.
Est-il dangereux de boire l’eau en montagne ?
L’eau des sources de l’Ararat est généralement potable, mais purifier (pastilles Aquatabs ou Micropur) est recommandé. Les agences fournissent souvent de l’eau en bouteille au Camp 1, mais en altitude tu remplis ton bidon aux sources.
Faut-il un visa pour la Turquie pour les Français ?
Non, pas de visa pour les Français pour les séjours touristiques de moins de 90 jours. Plus de détails dans le guide visa Turquie.
Conclusion

L’ascension du Mont Ararat est l’une des aventures les plus accessibles parmi les 5 000+ du monde : 6 jours d’expédition, agence locale à 390 €, permis officiel à 50 USD, voie non technique en saison sèche. Pour un alpiniste amateur qui rêve de son premier sommet de cette catégorie, c’est probablement le meilleur rapport effort/altitude/coût accessible. À programmer impérativement en juin-septembre, avec acclimatation respectée et matériel adapté.


